Oublions la référence chronométrique

Par Laurent

laurent-grp-tour-des-cirques-2016-2-zeteamfr-comOn est ultra-traileur, on enquille des 80, 100, 120 et 160 kilomètres et on a peur d’un marathon de 42 kilomètres !

S’engager sur marathon, c’est partir avec pour objectif sublime « moins de 3h30 ». Entre 3h35 et 3h45, le contrat est rempli. 3h50 : déception. Long ruban de bitume, sans quasiment aucun arrêt si ce n’est quelques mètres en marchant pour choper un gobelet d’eau et un quartier d’orange aux ravitos placés tous les 5 km. Répéter le même mouvement, garder le même rythme. Brrr ! Ça, c’est dur…

S’engager sur un ultra, c’est « vais-je finir et dans quel état ? ». Nous nous appliquons à faire une savante simulation du temps de course estimé. Cela nous permet simplement de nous programmer et d’envisager l’échéance au bout de 15, 24, 36 ou 50 heures…

Aucun stress sur la ligne de départ. A quoi bon ; on part vivre l’aventure et on adaptera.

Considérant qu’en début de course, en montée, on est capable de faire environ 700mD+/heure pour qu’au bout de 40 heures de course cela chute à  550mD+/heure…

Considérant qu’on s’entraîne en semaine à 10 – 11km/h sur des sorties de 2 heures, tout ça pour atteindre péniblement le 5km/h de moyenne sur un ultra…et encore…

Tenant compte de la nature du terrain de jeu : Courir dans les Vosges, le Jura ou le Massif Central, c’est aller plus vite que dans les Alpes. Courir dans les Pyrénées, c’est aller moins vite que dans les Alpes. Courir sur l’Ile de la Réunion ou en Corse…le terrain y est tellement technique que toutes les simulations sont à revoir à la baisse…

Pluie, vent, température. S’ils n’ont que peu d’impact sur une course type marathon, peuvent faire chuter considérablement la vitesse de course notamment dans les descentes où mettre un pied devant l’autre devient problématique. (Confer la dernière descente de la diagonale des fous, bien humide en 2015 : 4 km en descente = 1h50 ! + UTMB 2012 : 27 août : il neige à 2000m)

Manger, boire, soigner les pieds, masser, changer de vêtements, sortir frontale, ranger frontale. Tout cela  nécessite des arrêts indispensables aux « stands » ravito. Prévoyons environ ¼ à 20 minutes d’arrêt  toutes les 3 heures de course ; voire 1h si douche à Courmayeur!

Ampoules, hypoglycémie, tendons enflammés, problèmes gastriques et digestifs n’épargnent que peu de monde quand on dépasse les 8-10 heures de course. Cela signifie qu’il faut apprendre à gérer l’effort et la durée de l’épreuve : Etre capable de ralentir, patienter pendant 1h ou 2 en marchant à vitesse convenable avant de retrouver un moment d’euphorie. Attendre la sécrétion d’endorphine qui fait oublier tous les maux. Stapper, noker (crème anti-frottement pour les pieds). Manger un gel, une barre énergétique en prévention ou en urgence…

Alors, vous prenez tous ces ingrédients et variables et vous comprenez que le temps final devient accessoire. D’ailleurs, que l’on dise à un néophyte  qu’on a couru 40h05 ou 43h57, il n’y a que nous pour nous dire que 4 heures de moins c’est bien, mais pour lui, c’est trop de toutes façons !

On ne va pas aller à dire que plus c’est long …

Mais on sait que sur de telles aventures, mille souvenirs, sensations, impressions vont se graver peu à peu en nous, quel que soit notre classement, quel que soit notre temps final.

Tableau illustratif de mes courses réalisées en une année :

Course Massif Distance Dénivelé Temps total Vitesse moyenne
Restonica Corse 114 km 8000 D+ 36h27 3.13 km/h
Diagonale des Fous Réunion 164 km 10000 D+ 53h50 3.30 km/h
Tour des Cirques Pyrénées 120 km 7000 D+ 29h58 4.1 km/h
Endurance Trail Auvergne 100km 4900 D+ 19h04 5.22 km/h
Trail Vallée des Lacs Vosges 87 km 4300 D+ 15h46 5.39 km/h
Vulcain Auvergne-(enneigée) 45 km 1700 D+ 6h35 6.82 km/h